[5]


Un matin où le vent soufflait peu, Hubert apparu.

Avant son arrivée, j'entendais souvent Bridgette et Bryan en parler. Ils ne l'aimaient pas. D'après ce que j'avais cru en comprendre, il s'agissait de leur nouveau père. Où était passer l'ancien? Je l'ignorais, personne n'en parlait.

Quand je vu cet homme, il ne me paru pas méchant. Il était gros, très gros. Quand il m'a vu pour la première fois, la seule chose qu'il s'était contenté de demander, c'était mon prix.

L'été était présent, Bridgette et Bryan étaient en vacances, ils n'allaient plus à l'école. Je les appelais souvent, mais ils ne venaient pas me voir. Ils se contentaient de me regarder.

J'étais toujours dans une patûre, avec l'âne. Nous étions toujours ensemble.

Quelques fois, la famille organisait un "banquet". Pleins de voitures arrivaient dans la cours, pleins de gens en sortaient. Certains venaient me voir, mais jamais longtemps. Puis, ils repartaient, plus tard dans la soirée.

J'avais l'impression de faire parti du décor. Comme si l'on m'avait acheté uniquement que pour faire joli. On ne me montait plus.

Le maréchal ferrant venait me voir, à tous les deux mois. Lui, il me parlait. Il sentait bon les chevaux, il était doux. Bridgette était souvent là quand cet homme me travaillait les pieds. Elle regardait attentivement, elle posait des questions... Mais je savais qu'elle ne voulait que bien paraître, que quand ce monsieur serait parti, elle se contenterais de me renvoyer dans le patûrage et de m'y laisser... Seul avec l'âne.

Cet endroit m'était une réelle torture. Je me rapellais toujours ce qu'Éloïse m'avait dit, elle disait que je vivrais heureux et dans le luxe. C'était un mensonge. Certes, je ne manquais pas de nourriture, on ne me battait pas... Mais mon plus grand bonheur c'était d'avoir du contact avec les autres, que ce soit avec les humains ou bien les chevaux. Ici, on m'avait enlever les chevaux et les humains... Ils m'ignoraient.

C'est ainsi que s'écoula quatres longues années de ma vie. Je mangeais en patûre, on me changeais d'enclos, l'hiver venait et m'enfermait entre quatres murs jusqu'à ce que l'été revienne pour me condamner à manger, manger et manger. C'était une façon de passer le temps, je mangeais même quand je n'avais pas faim.

Puis, un été, le maréchal-ferrant venu. Comme le faisait si bien Bridgette, elle venue se pavaner devant cet homme, ventant à quel point j'étais doux, affectueux...

À ma grande surprise, il lui demanda si elle avait songer à vendre. Celle-ci riposta en demandant pourquoi devrait-elle me vendre. Il lui répondu que j'avais beau être affectueux et doux, que je grossissais à vu d'oeil, que c'était dangereux pour ma santé, que j'étais sur la limite pour commencer à faire des fourbures.

Celle-ci resta muette, elle quitta l'écurie sans saluer l'homme. Diane revenu avec celle-ci. La mère commença à discuter avec le maréchal. Bridgette semblait tendu. Comme si elle avait peur de se faire voler un jouet dont elle ne se servait plus.

Diane lui proposa des prix. Celui-ci répliqua qu'il allait parler de mon cas à quelques personnes qui pourraient être intéressés. Quand il quitta le domaine, Bridgette venu me brosser.

Peut-être venait-elle de réaliser qu'elle m'avait négligé? J'en doute fort.

Elle me disait des choses comme " Tu vas me manquer mon grand..."

Comment peut-on s'ennuyé de quelque chose dont on ne s'occupe pas?

Comme d'habitude, je me suis contenté d'être doux, de fermer les yeux et d'espérer. Je ne peux pas tomber à un pire endroit que celui-là. Du moins, je l'espère...

# Posté le mardi 01 janvier 2008 19:21

Modifié le lundi 07 janvier 2008 13:27

[6]

Un mois après que le maréchal soit venu, un homme arriva.

Il était vieux, mais il sentait un mélange de chevaux et de paille. Il se mit à m'ausculter, à me prendre les pattes.

Diane sortit dehors pour aller voir cet homme.

"Vous êtes le monsieur qui m'a appellé ce matin?" Demandait t-elle.

"Oui, Albert St-Clair, en personne!"

Ils se mirent à discuté, à papotter. Mon ami l'âne me regardait avec inquiétude, il se doutait de quelque chose. Moi, j'avais compris. Je savais que j'allais bientôt sortir, mais sans lui, je crois.

Albert me prit par le licou et il me fixa de ses grand yeux gris.

"Il est trop gras!" conclu t-il en me relâchant. Je me suis aussitôt remis à brouter, les surveillant du coin de l'oeil.

Ils se remirent à discuter et l'homme partit finalement au bout de quelques temps.

J'avais un setiment qui me rongeait depuis quelques temps. Je le laissait à l'intérieur de moi, me disant que c'était la meilleure chose à faire. Il m'arrivait même de penser qu'Éloïse était comme eux. Ils agissaient tous comme si je n'étais qu'un bout de viande, comme si je ne comprenais rien.

Peu à peu, le visage de ma belle Éloïse s'était estomper dans ma mémoire au fil du temps. Nos souvenirs étaient couvert de quelque chose d'invisible à l'oeil nu, quelque chose dont j'ai vu peu de chevaux en être atteint - la haine.

Puis Diane partit en voyage. Hubert était avec Bridgette et Bryan. Ils m'accordaient plus d'attention qu'à l'habitude, j'ai alors commencer à penser que mon départ était pour bientôt.

Un matin, la barrière s'ouvrit. Deux silhouettes poussait les portes de métal et elles attendaient. J'étais dans mon enclos, j'observais ce qui se passait avec l'âne qui était toujours à mes côtés.

Une voiture roula dans l'entrée de la cours puis elle s'arrêta. Je vis alors les deux silhouettes refermer la barrière, puis se précipiter vers moi. D'autres gens débarquèrent de l'engin.

Ces deux silhouettes étaient en fait des filles qui s'avancèrent peu à peu vers moi, main dans la main. Je sentais qu'elles étaient très joyeuses. Puis leurs mains se dénouèrent pour que l'une d'entre elle se penche sur la clotûre de mon enclos.

Elle était pas plus vieille que Bridgette je crois. Elle avait une chevelure sombre attaché au derrière de sa tête. Je me suis approcher avec hésitation vers elle. Elle tendait son bras vers moi, en essayant de me toucher.

Puis, Bryan sortit de la maison et il se présenta. Ils étaient nombreux. Une mère et quatre plus jeunes. Cependant, il n'y avait que les 2 filles qui se tenaient la main tout à l'heure qui s'archarnaient à me tourner autour.

Bryan me sortit de mon enclos. Il me conduit au milieu de la cours, me laissant brouter quelques parcelles fournies.

"Il est tellement beau Émy!" S'exclama celle à la chevelure plus claire.

J'ai alors compris que Émy était celle à la chevelure plus sombre. Elle se mit à glisser sa main le long de ma robe. Elle me tripotta les pattes, me joua dans la crinière...

Je pouvais sentir qu'elle était nerveuse et joyeuse à la fois.

"Maman...Il est génial!" S'exclama t-elle. Elle approcha ses mains de mes naseaux pour les caresser.

Elle sentait comme bien des hommes. Un mélange de chimique et de sucre. Elle avait des yeux étranges, un mélange de ciel bleu qui faisait le contour de son iris, puis un brun qui contournait sa pupille. C'était comme un mélange de ciel et terre.

Je me suis vite défait de ses caresses pour me replonger la tête dans l'herbe. Je sentais son regard qui me toisait, elle se tenait près de moi, avec un brin d'excitation dans la voix.

Elle parlait à sa mère. Elle lui disait que j'étais "le bon", qu'elle m'avait enfin trouvé. Sa mère conclut la discussion en disant qu'elle était heureuse qu'elles aillent finalement réussi à me trouver.

Elles se mettèrent à discuter avec Bryan, qui leur donnait des informations à mon sujet. Bridgette était cloîtrée à l'intérieur de la maison avec son père. Je savais qu'elle ne viendrait pas. Son frère semblait un peu mal à l'aise devant les jeunes femmes qui les bombardaient de questions.

Puis Émy s'agenouilla près de moi pour se mettre au niveau de mes yeux.

"Je vais revenir dans une semaine, à bientôt mon beau." Me souffla t-elle en faisant glisser sa main le long de mon chanfrein.

J'ai relevé les yeux vers elle, la voyant partir avec sa troupe.

Allais-je enfin partir?

*Merci a Xx-JusT-Horse-xX pour m'avoir rappeller une erreur de prénoms.

# Posté le samedi 05 janvier 2008 21:58

Modifié le lundi 10 mars 2008 19:00

[7]

Un matin, une voiture s'arrêta devant la barrière. Émy descendu de la voiture avec celle à la chevelure claire. Un gricement retentit et la mystérieuse barrière s'ouvrit.

Elle s'accourue vers moi en tenant l'autre fille par la main.

Le vent était doux ce matin. Leurs pas glissaient dans l'herbe haute qui était encore pleine de rosée.

"C'est aujourd'hui que ça se passe Magalie!" Dit-elle en regardant sa complice. Elles entrèrent dans mon enclos en passant sous là clotûre.

Je vis une autre femme sortir de la voiture pour aller les rejoindre. C'était la mère. Elle leur donna un licou, une laisse et des brosses.

"On va le brosser en attendant que le monsieur arrive" Dit Magalie.
Émy avait mon licou et la laisse sur ses épaules, elle me brossait vigoureusement avec son amie. L'âne était à mes côtés, je le sentais nerveux.

Moi, j'espérais. J'espérais que j'allais retourner chez Éloïse, que je reverrais mes amis les chevaux, que je retrouverais enfin mon bonheur...

Un gros camion suivis d'un van entra dans la cours. Émy me mit mon licou et elle commença à me guider par la laisse. Je la suivais timidement, avec l'âne qui me collait aux fesses. J'étais bien triste pour lui. J'aurais bien aimé qu'il puisse partir avec moi, mais comme les filles ne lui prêtaient pas d'attention, je savais qu'il serait condamner à rester ici.

Hubert sortit enfin de la maison. Il se déplaça lentement vers nous. Il nous ouvrit la barrière de la clotûre. Émy me conduisit tout près du van. Un homme descendu du gros camion et il alla ouvrit les portes de la grosse cage.

J'avais l'impression de revivre la même scène que quatre ans auparavant. Émy se glissa à l'intérieur du van et elle me demanda d'avancer.

Mes quatres sabots étaient figés au sol. Je regardais la grosse cage devant moi. Elle m'encourageait mais j'étais paralyser par la peur. Elle revint près de moi et elle glissa sa main sur mon encolure.

"Allez mon beau, n'est pas peur" Murmurra t-elle. L'homme du camion s'impatienta et il commença à me pincer les fesses. J'ai finalement bondit dans le van et Émy me donna une petite tape sur l'encolure.

L'âne regardait la scène horrifier. Il tenta d'embarqué dans le van, mais l'homme le repoussa à l'extérieur. Il vint m'attacher, puis lui et Émy sortirent du van.

Mon vieil ami se mit à crier. Il n'avait pas une belle voix, mais je lui répondais en criant moi aussi. J'essayais de le voir par les petites fentes sur les murs, mais j'arrivais à peine à voir le vert des arbres. Je me suis mis à cogner dans les murs, en espérant que ceux-ci tombent et que je puisse enfin le voir.

Je vis soudainement une paire de yeux apparaître devant une fente. Émy s'était hisser sur un pneu du van pour pouvoir me parler. Ces yeux bleux semblaient troublés, inquiets. Mes sabots cognait sur le fond de métal de plus en plus fort. Je vis les lèvres de la jeune fille commencer à bouger. Elle murmurait des choses que je n'arrivais pas à entendre.

Elle glissa sa main par la fente et elle frotta tout doucement mon front. Je me suis immobilisé. J'arrivais à sentir ses petites mains froides qui tentaient de me rassurer.

"Ne t'en fait pas mon grand Coranzo.." Souffla t-elle avant de disparaître de la fente. J'entendis des claquements de portes, puis un roulement de moteur. Le van se mit à rouler tout doucement, pour prendre de plus en plus de vitesse.

Je levais la tête pour essayer de sentir le vent rentrer dans le van. Je voyais le paysage défiler à une vitesse incroyable. J'ai finit par rebaisser la tête, je savais ce qui arriverait. J'allais être ailleurs.

Ailleurs, rien ne pouvait être pire. Je me rappellais tout ce qu'Éloïse me disait, qu'elle ne voulait pas que je sois à un endroit où l'on ne s'occuperait pas de moi, où l'on me donnerait des coups...

Mais l'endroit où j'étais... J'aurais préféré recevoir des coups plutôt que d'être laissé seul... Sans chevaux, sans caresses...

J'ai gonflé mes poumons, en me disant qu' Émy pourrait peut-être ressembler à Éloïse. Peut-être que Magalie était comme elle aussi.

Peut-être allais-je retrouvé tout ce que j'avais perdu?

# Posté le vendredi 11 janvier 2008 21:10

Modifié le samedi 12 janvier 2008 12:43

[8]

Elle était gentille, mais je lui donnais toujours du fil à retordre.

Quand je suis arrivé, j'ai vite constaté qu'à chaque fois que je débarquais d'un van, c'était pour atterrir à un endroit plus différent que le précédent.

Je n'aimais pas l'odeur de cet endroit, j'étais encore le seul cheval. Quand on m'a rentré dans l'étable, mon entré fut très remarqué. Mes sabots faisaient une musique sur le plancher de béton.

J'étais observé par une trentaine de paires de yeux. C'était des bête à la robe pie, comme moi. Elles sentaient drôle, elles étaient toutes attachées et elles poussaient des cris étranges en me voyant. Ils appelaient ces créatures "des vaches".

Émy m'avait mit dans un box, à coté de celui d'une autre vache. Elle et Magalie restaient à côté de mon box, pour m'observer. Je sentais les murs. Ils étaient en bois et je pouvais sentir ceux qui y étaient avant moi. Pas de doute, j'étais toujours sans mes semblables.

Les deux filles venaient me brosser à tous les jours, elles me sortaient dans un pré immense. J'aimais bien l'endroit, il semblait respirer. Je pouvais voir loin jusqu'à l'horizon. Il y avait beaucoup de champs, d'espace pour galoper, mais je courais très peu. Je détestais courir, je préfèrais manger.

Il y avait beaucoup de petits humains qui venaient me voir. Magalie et Émy ne semblaient pas les apprécier. Ils parlaient très fort et ils étaient partout à la fois.

Puis Magalie vint me saluer un soir, me disant qu'elle ne me reverrait pas avant un bon moment. Elle et Émy semblaient tristes, mais je ne leurs prêtais pas d'attention, je restais dans le coin de mon box en mâchonnant un peu de foin.

Je ne leurs faisaient pas confiance. Je n'étais pas craintif, je savais bien qu'elles ne me feraient jamais de mal, mais j'avais toujours un doute. J'avais l'impression que c'était trop beau, qu'on m'oublierait au bout de quelques jours et que je mangerais encore pour me rassurer.

Puis par une journée ensoleillée, Émy me sella. Elle semblait tendue. Des petits humains la regardaient, c'était ces cousins je crois. Magalie aussi était sa cousine, mais elle l'appréciait, elle! Je pouvais sentir que ces petits êtres l'irritaient au plus haut point, mais je préfèrais ne pas m'en mêler.

Aussitôt qu'elle mettait le pied dans l'étrier, je me mettais à bouger. Je me plaisais à lui rendre la vie dure, mais elle n'abandonnait pas. Elle me talonnait toujours pour me faire courir, mais je m'amusais à me lancer dans tous les coins, à effrayer ceux qui regardaient la scène.

Émy poussait souvent de longs soupirs, elle était un peu la victime de toute cette frustration accumulée au fil des ans. Pourtant, elle me montait pratiquement à tous les jours. Je ne lui faisais jamais de cadeaux. Quelques fois je lui donnais l'impression qu'elle était en plein contrôle, qu'elle me maîtrisait. Aussitôt que je sentais qu'elle était moins tendue, je m'amusais à arrêter brusquement, à essayer de la désarçonner. Elle me traitait de "malade", ce qui n'améliorait pas les choses.

Elle me ramenait toujours dans mon box, avec un fond de déception. Ça ne l'empêchait pas de me brosser, de me tresser les crins... Puis, elle repartait. Je regardais les hommes travailler avec les vaches. Il venait quelques fois m'accorder quelques carresses que j'acceptait volontier.

Et à tous les soirs, ils éteignaient les lumières de l'édifice, puis ils s'en allaient. Les vaches restaient couchées dans leurs stalles, il n'y avait pratiquement aucun bruit.

Mais une nuit de pleine lune, la routine qui s'était installée fut rompue. Une porte s'ouvrit, puis des bruits de pas se firent entendre. Les fenêtres de l'étables étaient sales, mais elles laissaient passer quelques lueurs de la lune. Je vis alors une silhouette s'approcher vers moi.

C'était Émy. Je me suis approché doucement vers elle, piqué par la curiosité. Elle voulut tendre la main vers moi, mais j'ai éviter sa main pour retourner mâcher mon foin.

Elle ouvrit la porte de mon box, entra, puis elle referma la porte derrière elle. Elle s'assied dans un coin, sur de la paille fraîche. Elle m'apella, mais je ne lui prêtais pas attention. Elle poussa un profond soupir, comme elle le faisait si souvent.

"Je suis même pas fichue d'être aimée par mon cheval..."

Puis, j'entendis un bruit... Que je n'avais entendue qu'une seule fois, il y avait longtemps; des sanglots.

Je me suis retourné vers elle, n'étant pas certain de ma supposition. Elle avait la tête repliée contre ces genoux, avec les bras qui semblait l'enrobée.

C'est alors là, que je ressentis un pincement au coeur, c'était un mélange de culpabilité et de honte. C'est là que j'ai pensé : "Si Éloïse m'avait vu..."

Je me suis avancer vers elle sans faire de bruit. Je me suis mis à jouer dans ces cheveux.

Elle releva la tête, surprise. Je pouvais voir des gouttes rouler sur ces joues.

"Coranzo..." Murmurra t-elle en affichant une lueur d'espoir dans ces yeux. Elle me saisit par le licou et elle appuya sa tête contre mon front.

C'est là que tout commença...

# Posté le dimanche 13 janvier 2008 13:36

Modifié le dimanche 13 janvier 2008 20:54

[9]

Les vacances furent très belles.

Le soleil nous apportait des belles journée de randonnées. Émy aimait me monter, elle me le disait souvent, mais j'arrivais aussi à le sentir. Par un seul contact, un regard, je voyais ce qu'elle ressentait. Pas comme Bridgette qui semblait ne pas avoir l'âme des chevaux.

Chez certaines personnes, il m'était plus évident de voir ce qu'elles ressentaient, comme Émy.

Je ne vivais que pour elle à présent. Le matin, elle venait me porter dans le pré, mais elle venait me retrouvé dans l'après midi, pour me bichonner et me monter. Les journées sans que nous partions en promenades étaient rares.

J'essayais de me donner du mieux que je pouvais. On passait souvent du temps à galoper dans un petit champ, elle voulait "améliorer" mon allure qu'elle disait.

Elle me montait sans selle quelques fois. Nous allions souvent traverser des champs, qui donnait vue sur une rivière, un sentier... Elle adorait me tresser les crins, me faire prendre des douches...

Il lui arrivait d'avoir à travailler avec les hommes pour s'occuper des vaches. Dès qu'elle avait finit, elle venait me rejoindre, elle se hissait sur mon dos et il lui arrivait même de s'y endormir.

Quelques fois, nous allions sur la route. Quand je voyais les chevaux des voisins, je devenais fou, elle me le disait souvent. J'étais tellement heureux de voir qu'il y en avait des "comme moi". Je devenais incontrôlable, j'appelais mes semblables qui me regardaient avec compassion. Émy n'avait pas le choix. Elle mettait pied à terre, et elle me ramenait à la maison en me guidant des rênes.

Émy savait que mes semblables me manquaient. Un beau jour, elle m'offra sans doute le plus beau cadeau que j'espèrait. Un des miens.

C'était une petite ponette, prénommée Sunshine. Pendant un moment, la ponette me faisait oublier Émy. J'avais peur de partir de l'étable sans elle et qu'à mon retour, elle n'y soit plus. Toutefois, elle m'y attendait toujours. Émy la montait quelques fois aussi.

La journée avant que les vacances terminent, Émy ne m'avait pas lâché. Elle me disait que j'allais lui manquer, qu'on ne se verrait pas aussi souvent qu'avant.

C'était vrai. Elle venait me voir à tous les jours, mais elle était très brève. Elle me disait souvent qu'elle détestait aller à l'école, mais qu'elle n'avait pas le choix. Émy me racontait que c'était important s'elle voulait devenir médecin pour chevaux, qu'elle pourrait ensuite s'occuper de moi quand je tomberais malade.

Je la boudais. Elle s'en rendait compte aussi. Elle venait toujours me minoucher quand elle pouvait. Cependant, j'avais toujours un petit fond de déception. Je savais qu'elle faisait de son mieu, mais je la boudais pratiquement toujours.

Il y avait aussi des journées où elle rentrait les yeux remplis d'eau, qu'elle me disait qu'elle en avait marre... Là, je comprenais que même s'elle ne pouvait pas venir autant que je le souhaitais, qu'elle avait besoin de moi. Elle appuyait son front contre le mien, en me murmurant qu'elle m'aimait.

C'est ce contact- que j'aimais. Pas un simple bonjour, un petit coup de brosse et aurevoir!

J'aimais qu'elle me parle, qu'elle me serre contre elle...

Elle me demandait souvent pourquoi les "gars" n'étaient pas comme moi. Puis elle se répondait en se disant qu'il devait bien en avoir un quelque part. Je lui jetais un regard soucieux, puis elle me regardait de ces grands yeux et elle riait d'un ton léger.

Ces grands yeux... Ils étaient si beaux. J'avais l'impression que son âme se reflèttais dans ceux-ci. Elle était loin d'être parfaite, et de loin!

Mais je l'aimais.


# Posté le vendredi 18 janvier 2008 17:10

Modifié le samedi 19 janvier 2008 22:08