[10]

Puis, l'hiver arriva. Plus froid que jamais.

Émy ne me montait plus. Elle disait que c'était dangereux avec toute cette glace.

Elle nous changea d'endroit. Elle disait que son père avait besoin de mon box pour l'hiver. Sunshine et moi étions très surpris lorsqu'elle nous conduit dans une petite écurie. Il n'y avait que moi, Sunshine et une grosse bête noire.

C'était un boeuf. Émy le détestait. Il n'arrêtait pas de cogner dans les murs avec sa tête, ou bien il sortait sa grande langue bleu pour essayer de toucher Émy lorsqu'elle était près de lui.

Un jours, un homme alla le sortir de l'écurie. Émy me disait qu'un autre cheval viendrait prendre sa place. J'étais heureux et excité quand elle m'apprit la nouvelle.

Quand je la vit entré dans l'écurie pour la première fois, la jument me regarda à peine, puis Émy la conduisit dans le box.

Elle s'appelait Sasha. Elle était Alezan, mais on pouvait voir des poils blancs lui faire signe de vieillesse.

Quand on nous sortait dehors, la jument s'enfonçait les oreilles dans le crin et elle tentait de me mordre. Elle aimait bien Sunshine, mais elle ne voulait pas que je m'approche d'eux.

Quand l'été arriva avec les vacances, Émy et une autre fille nous faisaient faire des balades. J'eut bientôt compris que l'autre fille était la maîtresse de Sasha. Elle avait les cheveux courts et foncés, Émy l'appelait souvent Dé, ou Délilah.

Les saisons et les années passèrent sans qu'aucune journée ne se ressemble. J'arrivais à me rappeler de chaque promenade, de chaque crainte qu' Émy et moi avions surmonter ensemble. Je sentais la fierté de ma maîtresse quand les gens nous regardaient ne faire qu'un.

J'avais perdu tout le poids en trop que j'avais accumulé chez Bridgette. Les gens me voyaient et ils ne disaient plus "Il est gras.." ou bien "Il ne manque pas de nourriture celui-là!", ils restaient muet ou ils me complimentaient.

Un jour, il arriva. Ce garçon que j'eut tant détesté. Quand il était là, j'avais l'impression qu'Émy m'oubliait. Un peu comme j'avais fait avec Sunshine. Il s'appelait Yann.

Je sentais qu'elle l'aimait. Quand il n'était pas là, elle me parlait de lui. J'avais l'impression que si je regardais dans ces yeux, ce n'était pas moi qui s'y trouverait, mais lui. Sasha sentait ma peine, quand j'allais dehors avec elle et Sunshine, elle m'accordait une place sans vouloir me retirer.

Mais quand elle me montait, il n'y avait que nous deux qui existait. Je ne voulais pas que nos promenades finissent, alors je galopais à grande foulée pour nous amener encore plus loin, de peur qu'en revenant, il soit là.

Quand il venait me voir avec elle, Yann essayait toujours de détourner son attention vers lui, alors je faisais pareil. Je cognais dans la porte de mon box, elle voulait venir me voir, mais Yann la retenait dans ses bras. J'espérais toujours qu'elle s'en défasse, qu'elle monte sur mon dos, que c'était toujours l'endroit qu'elle préfèrait parmis les autres. Mais elle s'écroulait toujours dans ses bras, en le regardant de ces grands yeux.

Ce regard... Il m'était destiné autrefois. Yann me l'avait volé...

Quand Délilah venait voir Sasha, elle venait me voir et elle me disait que Yann avait changé Émy, mais que je ne devais pas m'en faire, qu'elle m'aimait toujours.

Je ne mangeais presque plus. Chez Bridgette, je noyais ma rage dans l'herbe, mais j'étais trop triste pour avaler quoi que ce soit. J'espèrais qu' Émy le verrait et qu'elle oublierait Yann, pour que notre histoire redevienne ce qu'elle était. Que le passage de Yann dans sa vie s'effacerait sous mes foulées.

J'avais maigrit, certes. Trop. Émy ne venait me voir que rarement et quand elle venait, j'avais l'impression qu'elle était aveugle, qu'elle ne voyait pas mes côtes, qu'elle ne voyait pas la peine dans mes yeux.

Un jour, Émy était venu avec Yann, alors que Magalie était entrain de me brosser.

Mag était venue avec sa famille, elle venait souvent me brosser, elle n'avait pas changer, elle.

Émy lui dit qu'elle était capable de me brosser. Magalie était dos à elle, mais je voyais bien la rage dans ces yeux. Elle lui répondit que s'elle était capable de le faire, alors qu'elle oubliait trop souvent de le faire.

Yann tenait Émy par la main, comme il le faisait si souvent. À ma grande surprise, Émy le lâcha. Elle s'avança vers nous. Je n'osais même pas la regarder dans les yeux, de peur que j'y vois que je n'y avais plus ma place.

Émy regarda Magalie, et elle lui dit: "Que veux-tu dire par là?"

Magalie laissa tomber la brosse qu'elle tenait et elle serra les poingts. Elle se retourna vers Émy et elle pointa Yann du doigt.

"Depuis que tu es avec lui, ton cheval ne mange plus. Tu ne viens pratiquement plus le voir. Il est triste Émy, il a énormément maigrit et tu fais toujours la sourde quand le monde te le dit, mais ils n'insistent jamais parce que Yann est là. Mais moi, je n'ai pas peur de lui! Tu es juste une petite égoïste Émy! Tu as changé. Toi qui ne vivait que pour ton cheval, maintenant tu le laisse pourrir dans son box! Je ne viens pas souvent ici, moi, mais si j'en avait la chance, je viendrais à tous les jours! Si tu n'es plus capable de t'en occupé, vends-le!"

Les yeux d'Émy s'emplirent d'eau. Yann la reprit par la main, mais elle le repoussa vivement.

Magalie la regardait, sans s'attendrir devant ces larmes. Elle sortit du box et elle tira Yann par le poignet en dehors de l'écurie.

Émy avança à l'intérieur de mon box, mais je ne m'avançais pas vers elle comme je le faisais autrefois. Émy s'approcha de moi, elle glissa sa main le long des mes côtes, puis elle glissa ses deux bras dans mon encolure, pour m'enlacer. Elle se recula et elle me regarda, les yeux rougits par les larmes.

"Je suis désolée.."Dit-elle en s'apprêtant à quitter mon box. Je me suis empressé de hennir, pour qu'elle me regarde. Elle se retourna vers moi et j'eut enfin osé regardé dans ces yeux. Ils étaient embrouillés par les larmes, mais je voyais très bien qu'elle était triste. J'ai alors posé mon front contre le sien, comme on le faisait si souvent autrefois. Elle glissa délicatement ces mains contre mes joues, puis brusquement, elle se cramponna à mes crins, en serrant ses doigts dans mon encolure.

"Comment j'ai pu faire te faire ça..." Sanglotta t-elle. Elle sortit rapidement de mon box. J'ai crut un moment qu'elle irait rejoindre Yann, mais elle alla s'emparer de ma bride, qu'elle me mit aussitôt. Émy me sortit de l'écurie sans saluer les autres et on s'est enfuit, pour toute la journée, comme jamais avait duré nos randonnées d'autrefois.

Nous traversions les champs, les sentiers, nous allions encore plus loin, plus vite... Le paysage défilait sous nos yeux, quelques fois j'oubliais qu' Émy était sur mon dos, comme si elle s'était incrustée en moi.

On revenut à l'écurie la nuit tombée, Sasha et Sunshine y était tranquilles. Magalie était allongée sur Sasha, tandis que Délilah, était assise sur une botte de foin.

"Ne t'en fait pas pour les autres, on leur a dit que tu étais partie faire une longue randonnée." Dit Delilah en regardant Émy me rentrer dans mon box.

"J'avais peur que tu ne reviennes pas..." Plaisanta Magalie.

Émy la regarda avec un sourire, puis elle me murmura:

"C'est comme si j'y serais encore..."

Elle me regarda de ces yeux complices.

J'y étais. Ces yeux m'avaient dessiner une place à côté de celle de Yann.

# Posté le dimanche 20 janvier 2008 12:01

Modifié le dimanche 20 janvier 2008 12:20

[11]

Émy s'occupait bien de moi. Yann ne venait plus très souvent à l'écurie, il se sentait ignoré je crois.

Mais mon histoire avec Émy n'était pas sans fin.

Elle devait partir pour ses "études". J'ignorais ce que signifiait ce mot, mais je le détestais.

Émy me disait que je serais bien à l'endroit où je serais, mais j'étais très inquiet. Ces paroles.. Elles étaient les mêmes que celles d'Éloïse...

Bien des gens venaient me voir, mais Émy était très critique. Elle disait toujours qu'elle les rapellerait, mais elle ne le faisait jamais.

Elle disait qu'ils n'étaient pas assez bien.

Pour moi, il n'y avait qu'elle d'assez bien, elle savait bien que c'était ce que je pensais, mais elle n'avait pas le choix qu'elle disait.

Émy était rendu à 19 printemps, mais elle était toujours l'adolescente que j'avais connu. Ces yeux étaient toujours aussi beaux, j'avais toujours l'impression que je pouvais tout voir dans ceux-ci, que même Yann ne saurait jamais brisé le lien qu'il y avait entre nous.

J'avais 13 printemps quand il apparut. Avant que je ne le rencontre, Émy disait que c'était un bon gars, que je devais tout faire pour lui plaire.

Il s'appellait David. Un homme aux airs francs. Quand il venut me voir dans mon box, je me suis approcher de lui pour le sentir. Il avait une odeur de chevaux, pleins de mes semblables avaient leurs senteurs dans sa paume de main.

Il avait un regard neutre, ses cheveux étaient coupés courts, mais ils retroussaient sur chaque côté de son visage. Il semblait mal rasé, pleins de petits poils parsemaient son visage. Je ne pris pas beaucoup de temps à lui faire confiance quand il me monta. Ses mains étaient douces, ses jambes ne me pressaient les flancs que légèrement quand il voulait que j'accélère.

Il m'appréciait. Cela rendait Émy contente et triste à la fois. Elle était contente que je trouve un bon propriétaire, mais je sentais en elle un peu de tristesse, comme j'en ressentais d'ailleurs.

Elle dormit dans mon box la nuit avant mon départ. Je m'étais couché dans la paille fraîche et elle s'était endormie contre mon ventre. Nous étions si bien tous les deux, mais si Émy disait qu'elle n'avait pas le choix, je devais la croire.

Avant de s'endormir, elle chantait une petite berceuse qu'elle avait été incapable de terminer. Elle me murmurait qu'elle ne m'oublierait jamais, que je serais toujours gravé en elle. Émy me disait que, peu importe ce que nous réservait l'avenir, nos chemins s'étaient croisés pour qu'on grandisse l'un avec l'autre.

Quand le matin venut, Émy dormait toujours contre moi. Je la regardais dormir, on aurait pu croire que le temps s'était figé. Sasha et Sunshine étaient muettes, elles dormaient elles aussi.

Émy sursauta quand elle entendit la porte de l'écurie s'ouvrir. Elle se leva brusquement pour se décoiffer de la paille qui s'était glissée dans ces cheveux pendant son sommeil.

C'était Délilah.

"Il va arrivé dans une heure.." Souffla t-elle.

Émy jeta un regard inquiet vers moi.

"J'ai le temps de le monter!" Déclara t-elle d'un ton décidé.

Émy accrocha des rênes à mon licou.

"Tu vas le monter sans bride?" Se surpris Délilah.

"J'avais toujours trop peur de le faire... Mais là, je réalise que je regretterais de n'avoir jamais essayé."

Émy me sortit tout doucement vers l'extérieur. Elle m'enfourcha d'un bond et nous sommes partis. Je sentais qu'elle me faisait confiance. Elle s'allongea dans mon encolure pendant que je marchais dans un petit sentier.

"Peu importe où tu es.. On sera toujours ensemble. Tu n'auras qu'à te rappeller tous les moments qu'on à vécus quand tu seras triste. C'est ce que je fais moi, et je peux t'assurer que je retrouve le sourire à tous coups!"

On galopa ensemble pour la dernière fois. Je la sentais lâcher les rênes et lever ses bras, comme s'elle planait. Puis, nous sommes retournés à l'écurie. David ne mit pas longtemps à arriver.

Quand j'eut à entrer dans le van, Émy voulut m'y conduire elle-même. Ses mains tremblaient, mais je la suivis tout de même jusqu'à l'intérieur du van. Elle m'attacha, puis elle posa sa tête contre mon front.

"Merci d'avoir fait partit de ma vie.. Coranzo..."

Je fermais les yeux sous son étreinte, c'était pénible se rendre compte qu'on se quittait. Quand j'aperçut ces grand yeux, dans lesquels j'eut souvent penser que j'y retrouvais ciel et terre, je vut qu'il y avait également de l'eau.

J'avais quitté la fille aux yeux qui réunissais tout ce dont un cheval avait besoin pour faire ce monde.

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 21:02

Modifié le samedi 26 janvier 2008 21:21

[12]

Chez David, tout était beau. L'écurie était grande, il y avait environ une trentaine de box, qui étaient tous spacieux et bien éclairés. Il y avait beaucoup de jeunes qui passaient dans l'écurie avec des chevaux, ou bien une brouette à la main. Pour la plupart, il s'agissait de filles.

David fut le premier à me monter à ma nouvelle demeure. Il y avait une troupe de filles qui me regardait marché dans le manège. C'était un manège intérieur qu'il disait.

David me montait et parlait au jeunes filles à la fois. Il expliquait "comment agir". J'étais très calme, il l'avait confirmé quand il avait mit pied à terre.

David jeta un coup d'oeil dans la troupe et il dit:
"Derek, ce sera ton cheval pour l'été."

La troupe de fille se mit à ricaner, et je vus un jeune homme s'avancer timidement vers moi. Il devait avoir 13 Printemps, il avait les cheveux foncés et la peau claire. La troupe de jeunes filles murmuraient des choses qui ne parvenaient jusqu'à mes oreilles, mais leurs petits rires stridents suivaient peu après.

"Dois-je le monter maintenant?" Demanda le jeune garçon qui n'osait lever les yeux.

"Si tu t'en sens capable..." Lui dit David en lui donnant les rênes. Il regarda son entraîneur et il gonfla ses poumons de courage. Il s'empara des rênes et il se hissa sur mon dos. ll se pencha sur mon encolure et il me souffla:"J'ai peur tu sais... C'est pour ça que les filles rient de moi.."

Il se redressa et il pressa légèrement les jambes. Je me mis à marcher et je pouvais sentir la légère pression sur ses rênes qui semblaient trembler de peur.

David était au centre du manège et il nous dictait des ordres. Les filles étaient devenues muettes. Au pas et au trot, le jeune garçon était à l'aise. Quand David lui demanda de débuter le galop, il s'apprêta à répondre, mais je me suis mis à galoper avant qu'il ne sorte un moindre son de sa bouche.

Il tira brusquement sur les rênes pour me stopper.

"Un problème?" S'étonna David. Derek ne répondit pas. Il poussa un profond soupir et il s'excusa. Il demanda à aller me deseller.

Les filles se remirent à piailler sous l'évènement. David accepta, puis Derek me sortit du manège. Elles restèrent muettes quand nous passions près d'elles. Une fille s'avança et elle se racla la gorge. Derek s'arrêta pour la regarder.

"David perd son temps avec toi!" Marmonna t-elle entre ses dents. Elle le bouscula puis elle nous devança pour sortir du manège. Sa troupe la suivit en soufflant des méchancetés. Derek ne répliqua pas. Il resta muet, il baissa les yeux et il m'amena à mon box.

Il me desella rapidement et il me bouchonna légèrement. Ses yeux étaient vides, mais sa peine semblait grande. J'aurais aimé que ce garçon m'explique ces sentiments, ou bien qu'il me laisse les sentir. Il y avait toujours une barrière mentale entre nous deux. Certes, il s'occupait bien de moi, mais il ne m'accordait qu'une partie de lui-même et il refusait toujours de galoper.

Durant tout l'été, les autres chevaux se faisaient sortir en promenade par les autres élèves, mais Derek préfèrait que l'on reste dans le manège. J'étais doux avec lui, mais j'avais l'impression qu'il me repoussait quand je cherchais à me rapprocher de lui.

Quand on me sortait dans mon paddock, je pouvais toujours le voir assis sur une clotûre, jusqu'à ce qu'une voiture argentée arrive et qu'il se fasse emmener. David s'efforçait de trouver du temps pour me monter et il demandait même à d'autres élèves de le faire pour lui.

J'aimais bien mes amis chevaux, ils étaient gentils, ils m'acceptaient. Cependant, ce contact humain, celui qui me plaisait tellement, cette complicité entre un cavalier et sa monture.. Il était absent.

Jusqu'au jour où j'eut décidé que j'en avais assez. Derek et moi étions dans le manège, on pouvais toutefois sentir le doux parfum de l'automne se glisser dans la bâtisse. David dût s'absenter, il avait dit qu'il en avait que pour quelques minutes, qu'il allait revenir bientôt.

Les portes du manège étaient grandes ouvertes. Je pouvais voir les arbres orangés nous dessiner un chemin jusqu'à la prairie...

Il y avait fort longtemps que je n'étais pas parti en promenade. Puis, j'en avais marre de tourner en rond dans ce foutu manège.

Alors que Derek ne s'y attendait pas, je fis un bond, puis je me suis mis à galoper à grande foulées jusqu'à l'extérieur. Le jeune garçon tira sur les rênes, mais je ne ralentissais pas. On pouvait entendre une gamine hurlée en voyant que nous étions en fuite.

Derek était crispé sur la selle, la pression sur les rênes se relâcha totalement, il s'accrochait aussi bien qu'il pouvait dans mes crins. Mes sabots martellaient le sol recouvert de feuilles jaune-orangé. Il faisait bien longtemps que j'avais pas ressentit ce sentiment, je me sentais libre. L'air frais faisait écarquiller mes naseaux, le vent soufflait sur ma robe, comme un main carresserait du velour.

J'eut beau apprécier ce moment, Derek n'en semblait guerre choyer. Je pouvais sentir la peur qui l'envahissait, mais je m'en fichais. Il ne s'était pas inquiété pour moi tout le long de l'été, il s'entêtait toujours à rester dans ce manège et à faire des cercles! Alors, si ça l'avait tant amusé d'ignorer mes envies, je pouvais très bien faire pareil.

Derek me demandait d'arrêter, il y avait des goûtes qui coulaient le long de ma robe, ce n'était par des larmes, mais bien de la pluie. Le ciel s'était mis à gronder au dessus de nos têtes. Je me suis arrêter un moment pour regarder où nous étions.

Un sentier surpombler d'arbres se dressait devant nous. Derek reprit les rênes.

"Où on est?" Souffla t-il. Il n'y avait aucun champs à l'horizon, que des arbres touffus qui semblait nous faire un labyrinthe avec tous les sentiers. Je ne connaissais pas plus que lui ces boisés. S'il aurait prit la peine de suivre les autres dans les randonnées, on serait peut-être au courant!

Il me talonna légèrement, puis on prit le sentier qui était devant nous. Le ciel prennait des teintes inquiétantes. Ce n'était pas la première fois que je voyais un orage, mais celui-ci était bruyant et il nous accompagnait avec de grosses goûtes de pluie. Bien des chevaux étaient effrayé par le bruit du tonnerre, mais je tentais de rester calme pour Derek.

On dût marcher deux heures sous la pluie, avant de déboucher dans un petit champs. Il faisait de plus en plus sombre, mais on était tout de même parvenu à distinguer une vieille grange cachée près des arbres.

Il sauta à terre et il se mit à observer la grange. Il glissait ces mains le long du mur de bois. Il trouva une ouverture et il se glissa à l'intérieur de la grange.

J'eut penser un moment qu'il me laisserait seul, sous la pluie, mais une porte s'ouvrit avec un grincement. Il m'appella pour que j'aille le rejoindre. J'avança avec hésitation jusqu'à l'intérieur. Il y avait une vieille machine dans un coin de la grange, mais pour le reste, l'endroit semblait désert.

Derek referma la porte derrière moi, puis il m'enleva ma selle, mes tapis et ma bride. Il entassa le tout dans un coin de la grange, puis il se mit à fouiller. On arrivait à peine à voir quelque chose dans l'endroit obscur, mais il parvenu à trouver une vieille botte de foin qu'il étendu sur le sol. Il enleva ces vêtements trempés et il les mit avec ma selle, à sécher. Il repartit dans un coin dans le grange, et il revenu avec des couvertures.

J'ignorais qu'est-ce que des couvertures faisaient à cet endroit, mais Derek semblait exactement savoir où elles étaient entreposées!

Il me bouchonna avec de la vieille paille et il me mit une couverture sur le dos. Puis il s'assit et il s'enroba d'un drap.

"J'allais souvent ici avec Fire Day..." Me souffla t-il. Ces yeux étaient remplis d'eau. Je me suis approché doucement vers lui, puis je me suis mis à lui souffler sur les joues. Il glissa ses mains sur mes joues et il ferma les yeux.

Puis, il me raconta son histoire. Pour la première fois, la barrière qu'il avait dressé entre nous deux tomba.

Il avait eut un cheval avant moi. Fire Day. Le cheval avait 19 ans le jour où il mourut. Derek me disait que c'était un ancien cheval de course, c'était un pur sang. David l'avait acheté à un encan, il aurait très bien put terminer ces jours dans un abattoir qu'il disait. Il était arrivé chez David tout en sueur. C'était un cheval avec un tempérament nerveux, mais David avait beaucoup d'espoir pour ce cheval.

Derek fut le premier élève à monter Fire Day. Il partait souvent en randonnée avec lui et ils se rendaient souvent tous les deux à cette grange... Derek avait amener des couvertures, pour une journée où il avait prévut de dormir dans cette grange avec lui.

Cependant, cette expérience ne se fit jamais. La journée où c'était prévu, Derek monta Fire Day pour la dernière fois. Il s'en venait vers ici en galopant et... Pour une raison qui lui échappait encore.. Fire Day était tombé et il n'était pas parvenu à se relever. Derek s'était accouru vers l'écurie pour chercher de l'aide et il revenu avec David.

Quand le vétérinaire arriva sur les lieux, il eut pour diagnostic une fracture multiple du paturon... Fire Day avait très peu de chances de se remettre de cette atroce blessure et si ces os parvenaient à se ressouder, il serait sûrement condamné à vivre handicapé... Ils l'ont alors euthanasier.

Depuis ce temps-là, Derek avait peur de galoper, peur de s'attacher à un autre cheval...

Cette nuit de révèlations, bien que nous étions tous les deux gelés, fut celle qui tissa un lien entre nous deux.

# Posté le mardi 05 février 2008 20:37

Modifié le vendredi 08 février 2008 18:50

[13]

Très tôt le matin, on entendu des claquement de sabots contre le sol. Quelques rayons de soleil réussisaient à traverser les vieilles planches de la grange. Il faisait frais cette journée-là.

Derek était couché contre mon flanc, avec sa couverture qui l'enveloppait. Il tenta de se lever mais il retomba contre moi.

Il avait beaucoup toussé cette nuit. Je savais que c'était mauvais signe.

Plusieurs voix transpercèrent ses toussotements.

"Derek, t'es là?"

"Coranzo.. Viens mon beau!"

Derek se leva difficilement et il trébucha devant la porte.

Je me suis levé à mon tour et je me suis mis tout près de lui. Il s'aggripa à mes crins et il parvint à ouvrir la porte de la grange.

"Je suis là!" Hurla t-il en s'agenouillant en dehors de la bâtisse.

Beaucoup d'élèves étaient sur leur monture, ils portaient tous des vêtements fluorescents. L'une d'entre elles s'avança vers nous au tripple galop et elle bondit en bas de son cheval.

Elle se pencha vers Derek et elle l'aida à se relever. Les autres restaient immobiles derrière elle.

"Qu'attendez-vous?" Hurla t-elle. "J'ai besoin de deux autres filles! Les autres, trouvez David au plus vite et dites lui qu'on les a trouvé!"

Deux cavalières étaient venus nous rejoindre. L'une d'entre elle me mit un licou et l'autre aida la première à hisser Derek sur le dos d'un cheval.

C'était Gabrielle qui avait toujours détesté Derek. Pourtant, aujourd'hui elle semblait avoir oublier toute cette haine qu'elle avait envers lui. Elle l'avait même mit sur son propre cheval pour le ramener à l'écurie. Elle lui glissait sans cesse la main dans le front en soupirant.

Une autre élève me guidait avec une laisse derrière elles.

Je pouvais entendre Derek murmurer: "Ce n'est pas de sa faute..."

Il répétait sans cesse le même refrain. Gabrielle n'osait pas faire galoper sa monture, car elle disait que Derek ne se tenait pas le corps.

Hier, sous la pluie, le trajet avait duré deux heures. Mais aujourd'hui il n'avait prit que 45 minutes. Les filles connnaissaient très bien les raccourcis.

Quand nous sommes arrivés à l'écurie, une femme prit Derek dans ses bras et elle se mit à pleurer. Elle le serrait contre elle et disait: "J'aurais pas dût te forcer à continuer l'équitation, j'aurais pas dût..."

Elle lui embrassait le front, elle glissait ses mains sur ses joues chaudes...

David arriva peu de temps après. Il déclara qu'il vallait mieux l'amener à l'hôpital, pour être sûr qu'il s'en remettre bien.

Derek disait sans cesse: "C'est pas de sa faute, c'est un bon cheval... Faut pas lui en vouloir!"

Quand la voiture argentée l'amena, les filles étaient toutes muettes. Elles semblaient avoir un brin de culpabilité dans la gorge. L'une d'entre elle tentait de cacher les larmes sur ces joues; Gabrielle.

David m'amena dans mon box et il m'examina. Gabrielle le regardait faire.

"Tu devrais t'en débarrasser" Souffla t-elle.

David se retourna vers elle et il mit ses mains sur ces hanches.

"On m'avait dit la même chose à propos de Fire Day..."

"Et il est mort!" Grogna t-elle. "Derek aurait très bien pu se tuer avec ce cheval!"

"Tu sais Gabrielle... Je t'ai vu avec Derek. Tu lui faisais la vie dure depuis l'accident avec Fire Day! J'ai même entendu dire que tu disais que c'était de la faute à Derek cet accident."

Gabrielle le regarda les yeux pleins d'eau et elle s'en alla brusquement.

David poussa un soupir et il se mit à me regarder encore une fois.

"Qu'est-ce que je vais faire avec toi..." Chuchota t-il.

J'ai alors mis la tête dans le fond de mon box. Il finit par me laisser seul.

Je savais que toutes les filles m'en voulaient. Cela m'apportait peu. J'espérais toutefois que Derek revienne rapidement à l'écurie.

Les autres n'en parlaient pas beaucoup...Mais je savais qu'ils avaient tous le mot "Vente" à la bouche.

Environ une semaine après l'accident, un van venu chez David. Il était là pour moi.

J'aurais aimé voir Derek une dernière fois, mais j'avais entendu Gabrielle dire qu'il n'était pas au courant de mon départ.

David me fit avancer doucement vers le van. Toutes les filles étaient silencieuses.

Je savais que c'était ce qu'elles voulaient. Je savais également que Derek ne m'en voudrait jamais.

Mes derniers pas chez David, je les fis fièrement, la tête haute. Je suis monté dans le van tranquillement, regardant une dernière fois le visage de ces filles. David m'attacha au fond du van et il me souffla qu'il était désolé.

Quand on referma les portes derrière moi, j'eut sursauté. Je ne savais pas si cela vallait vraiment la peine que je cogne les murs du van. Je suis alors resté immobile.

J'ai alors fermé les yeux. Croyez moi, si j'avais eu la force de crier mon impuissance, je l'aurais fait.

# Posté le dimanche 10 février 2008 11:02

Modifié le lundi 11 février 2008 17:54

[14]

L'encan.

Un endroit terrifiant pour un cheval.

On m'avait mit dans le même enclos que d'autres chevaux.. Certains étaient vieux, d'autres étaient fous...

J'avais peur. Pleins d'hommes passaient devant nous, sans jamais nous accorder un regard. De plus, il y avait des vaches et d'autres bestiaux que je ne connaissais pas.

Nous étions tous différents, pourtant nous étions tous effrayés. Certains manifestaient leur crainte en hurlant, en donnant des coups de pattes ou d'autres, comme moi, gardaient le silence.

J'observais les allées et venues des hommes, en tentant de repérer un visage que je connaissais. Un homme passa devant moi avec un calepin à la main.

J'ai poussé un petit hennissement pour qu'il me regarde. Il leva les yeux, puis il s'approcha vers moi.

Il semblait intrigué. C'était un vieil homme grassouillet qui était habillé proprement. Il s'étira la main pour me flatter le chanfrein.

"Tu es un bon garçon" Me souffla t-il affectueusement. Il mit son calepin sous son bras et il glissa une main dans sa poche de pantalon. Il me donna une friandise puis il partit.

Pleins d'hommes passaient devant nous, ils couraient aussi parfois.

Puis, des tonnes de gens arrivèrent par une grande porte.

C'était l'encan qui commençait.

Des hommes venaient chercher les bêtes pour les faire défiler devant les acheteurs. Ils faisaient leur offre sur une bête et celui qui était le plus généreux devenait notre maître. C'est là que j'eut compris que peu importe ou j'irais, ce serait un enfer à côté de ce que j'avais vécu chez Bridgette.

Quand ce fut mon tour, j'étais nerveux. Un homme m'amena me parader devant la tribune.

Tous leurs yeux étaient posés sur moi. J'avais l'impression que leurs regards étaient vides, sans âmes. J'étais effrayé. De la sueur se dessinait dans mon encolure, les gens faisaient leurs offres...

Puis, l'homme me ramena à mon enclos.

On venut me chercher une autre fois, pour m'embarquer dans un van. C'est là que je vis mon propriétaire.

Dès qu'il me toucha, j'ai su qu'il était emplie de haine. Un frisson se glissa le long de mon encolure.

Il était grand, d'âge mûr, avec les traits du visage qui montraient toute la colère qui s'était accumulée dans ses rides. Il embarqua un autre cheval avec moi. Il semblait gentil, légèrement plus jeune que moi.

Quand nous sommes arrivés à notre nouvelle maison, je fus très content de constater que l'écurie était grosse. Il faisait nuit, mais je la voyais. Je m'étais alors dit qu'il devait y avoir pleins de chevaux, que je me ferais de nouveaux amis...

Normand, c'était comme ça qu'il s'appelait mon nouveau propriétaire.

Sous le premier regard, il pouvait presque sembler gentil. Il m'amena jusqu'à l'écurie et quand il ouvrit la porte j'entendis des hennissements.

L'homme alluma les lumières de l'édifice. J'ai alors pu voir des chevaux se jeter dans le fond de leur box. Normand me faisait avancer dans l'allée. J'observais les autres chevaux.

Leurs regards... Ils étaient comme ceux des hommes de l'encan. Ils n'avaient pas de petite étincelle dans leur regard.

Tous les chevaux que j'avais connu l'avaient.

Une forte odeur d'urine me monta aux naseaux.

Les boxs étaient salis, les chevaux avaient plein de crottin sur leur robe.

Ils étaient laids. Ils étaient tous maigrichons, ils avaient les joues creusées... Ils semblaient avoir honte que je les regarde.

Mon box était propre. Ma litière était des copeaux de bois, mais la puanteur des boxs voisins était étouffante.

Mon copain de voyage se retrouva dans le box en face de moi.

C'est quand les jours passèrent que j'eut compris comment allait être ma vie ici. Je ne sortais jamais de mon box. J'avais de la chance quand il venait vider mon box, ou même de donner de la nourriture.

Un jour, Normand décida de seller mon copain. J'ignorais comment il se nommait, mais je trouvais que Copain lui allait très bien.

Copain était très content de sortir. Il hennissait fièrement. J'étais un peu jaloux, mais j'étais heureux pour lui. Il était le seul cheval de l'écurie qui semblait toujours avoir une étincelle dans les yeux. Il semblait très courageux, sa robe rousse semblait montré la fureur du feu.

Ils partirent ensemble une heure.

Quand Copain revenu... C'était sans Normand. Il avait défoncer les portes de l'écurie et il avait traversé l'allée au grand galop. Il s'arrêta près de moi. Il était en sueur. J'essayais de le calmer, mais il renâclait très fort.

Puis Normand arriva. Il avait le visage teinté de rouge par sa colère. Copain alla se cacher dans son box.

Normand s'empara d'une pelle de métal et il entra dans le box de Copain.

Tous les chevaux se mirent à hennir de frayeur.

Normand leva sa pelle dans les airs puis il se mit à frapper Copain.

Il se mit à crier:

"Tu vas te calmer les nerfs toi!"

Copain aussi criait. Il essayait de défaire les murs du box.

Les autres chevaux l'encourageaient.

Je suis certain que Copain y serait arrivé. C'était un cheval fort et musclé. Les murs du box étaient solides, mais il aurait pût les défoncer.

Cependant, la faim nous rongeait tous. Copain finit par s'affaiblir et abandonner.

Il se laissait frapper par l'homme. Il fermait ces yeux. Il ne bougeait plus. Les autres chevaux semblaient déçu, ils espéraient tous que Copain gagne se combat.

Puis Normand donna un dernier coup, il claqua fermement la porte du box et il nous regarda tous.

Nous étions tous muets.

La peur nous envahissait tous.

Copain était plaqué contre le fond de son box.

Dans son regard, elle n'y était plus. Il l'avait perdu...

Son étincelle...

# Posté le mardi 12 février 2008 20:07