Normand m'avait sellé quelques fois aussi.
J'essayais d'être le plus parfait de tous, j'essayais de tout faire ce qu'il me demandait.
Je me sentais comme un traître. Les autres chevaux me regardaient avec haine...
J'aurais pu ruer Normand alors qu'il passait derrière moi, j'aurais pu le désarçonner des miliers de fois...
Mais je m'en sentais incapable. J'avais peur.
Chaque fois qu'on revenait de promenade, les chevaux hennissaient fort, ils ruaient dans leurs boxs...
Quand j'arrivais face au box de Copain, j'avais l'impression qu'il me criait:
"Vas t'en!! Qu'est-ce que tu attends? Enfuis toi!!"
Cependant, je restais toujours résigné. Je me laissais déseller, bouchonner...
J'aimais tellement qu'on me touche, qu'on me caresse...
Même s'il s'agissait des mains d'un batteur de chevaux. De ces mains sales qui n'hésitaient pas à avoir recours à la violence pour obtenir ce qu'elles voulaient.
J'avais honte... Honte de tout ce que j'étais devenu.
C'était comme si j'avais tout oublier de qui j'étais.
J'étais laid, mes côtes étaient saillantes, j'avais l'impression de perdre mon âme... Je n'avais plus cette fougue d'autrefois.
Il m'avait frappé quelques fois aussi. Je n'avais jamais osé répliquer. Même si j'ignorais pourquoi il me donnait ces coups.
Il était très rare que quelqu'un d'autre que Normand vienne dans l'écurie.
Les gens qui venaient n'osaient pas nous regarder, on se cachait tous dans le fond de notre box, le visage couvert de honte, de peur...
De plus, c'était Normand qui s'occupait de nous travailler les sabots.
Quelque fois, il n'arrivait pas à faire les sabots de Copain.
J'aurais aimé être courageux comme lui.
Copain le menaçait toujours de le ruer, de le mordre...
Alors Normand avait cesser de lui tailler les sabots. Copain était de plus en plus souvent couché dans le fond de son box, ses sabots étaient douloureux, la corne était trop longue.
Un jour, Normand amena Copain à l'extérieur de l'écurie.
Tous les chevaux acclamaient Copain.
Il s'amusait à faire le fier, à hennir de son plus fort, il essayait de ne pas montrer qu'il était aussi épuisé que nous.
Quand Copain sortit dehors, on pouvait encore l'entendre hennir, mais un bruit sourd, comme un bruit de Tonnerre, coupa ses hennissements.
Copain ne revenut jamais à l'écurie.
Les autres semblaient comprendre ce qui s'était passé, mais moi je ne comprenais pas.
Jusqu'à ce que je le vois.
Normand m'avait seller pour une promenade. J'avais alors vu Copain couché sur le sol.
Il semblait détendu, ces yeux étaient clos, il semblait bien pour une fois.
J'essayais de le réveillé, mais Normand m'éloignait de lui. Je parvenus tout de même à m'approcher de lui, Normand avait échappé les rênes et je m'étais accourru vers lui.
Je me demandais pourquoi il ne se levait pas. Lui qui souhaitais quitter cet endroit, lui qui n'aurait demander qu'à s'enfuir...
Je me suis approcher de sa tête, lui donnant des petits coups pour qu'il se lève.
J'ai alors senti une odeur pesante.
Je vis un rond sur son front, je vis le rouge sur le sol qui avait coulé sur son chanfrein et qui était tombé sur quelques pissenlits.
Cette odeur, c'était celle de la mort.
Quand j'eut compris, j'ai crier, du plus fort que je pouvais.
Normand s'approcha de moi, mais je me suis mis à hurler dessus.
Il répliqua en criant à son tour.
J'ai alors décidé de faire ce que Copain aurait fait. Ce qu'il voulait que je fasse.
Pour la première fois, j'ai lever ma tête bien haute et je l'ai regardé directement dans les yeux.
Mes naseaux respiraient l'odeur du sang de Copain, mes poumons se gonflaient, je tapais un de mes antérieurs contre le sol rouge.
Je me mis à courir, pas pour m'enfuir, mais pour l'affronter.
Mes sabots aggrippaient le sol jusqu'à lui, j'ai baissé mon front pour qu'il se plaque contre le thorax de cette crapule. J'ai carrément passé dessus.
Puis je me suis dirigé dans l'écurie.
Je criais, je criais pour deux.
Copain aurait été fier de moi.
Tous les chevaux m'acclamaient. Leurs yeux semblaient retrouvés l'espoir que Normand avait souillé avec ces coups.
Je savais que je ne devais pas rester ici. Je suis sorti de l'écurie au grand galop.
Normand bougeait encore, mais il n'arrivait pas à se relever. Je n'eut pas un brin de pitié pour lui.
Je l'ai laissé seul. Comme il le faisait si souvent avec nous tous.
Je suis allé rejoindre Copain. Si j'aurais su pleurer, comme les humains le faisaient parfois, je l'aurais fait.
J'ai finit par le laissé, mais pas sans lui promettre de libérer les autres.
J'ignorais ce que j'allais faire, mais je savais que je devais partir avant que Normand me réserve le même sort que Copain.
J'aperçut alors une voiture blanche passer sur la route.
Elle ne s'arrêtait pas ici, mais j'eut décidé de la suivre. Je ne pouvais pas tomber sur quelqu'un de pire que Normand.
Je me suis mis à galoper. J'ai rejoint la route et j'essayais de ne pas perdre l'engin blanc de vue.
Il roulait très vite. Mes sabots claquaient contre l'alsphate grise.
Je criais, j'essayais d'aller le plus vite que je pouvais.
La voiture se stoppa. Je me suis arrêté à mon tour.
Une porte s'ouvrit et quelqu'un sortit.
C'était une femme. Elle claqua la porte de l'engin derrière elle.
Elle devait être dans la vingtaine.
Elle s'avança doucement vers moi.
"Coranzo...?" Souffla t-elle.
Elle savait mon nom.
Sa voix... J'ai fermé les yeux.
J'avais déjà entendu cette voix, mais je n'arrivais pas à me souvenir.
Je l'ai laissé s'approcher de moi. Elle leva sa main vers ma tête, elle glissa ses doigts sur mon front.
Elle tomba sur ces genoux.
Des larmes coulaient sur son visage. J'ai abaissé ma tête à son niveau.
Nous étions tous les deux au milieu de la rue, mais s'était comme si le monde s'était arrêté. Aucune voiture ne passait.
Quand je vis ces yeux emplis de larmes, je l'eut reconnu.
Le ciel et la terre dans ses yeux... C'était Émy.
Elle avait grandit, mais je savais que c'était elle.
J'ai alors appuyé mon front contre le sien, comme nous le faisions autrefois.
Elle serra ma tête contre elle.
Je l'avais retrouvée.

