-8-

Bastien nous conduisit chez lui.

Je sentais que ma soeur était très méfiante, mais Bastien se faisait très rassurant.

Laura me laissa dans un box. J'étais soulagé de me retrouver dans un box, où il y avait de la paille fraîche, de l'eau claire et de la vraie nourriture!

Bastien me donna une petite galette de foin et un peu d'eau, il disait que je ne devais pas tout engloutir d'un coup.

Ma soeur restait dans un coin du box, assis sur la paille fraîche.

Elle semblait inquiète. Elle croyait sûrement que Bastien nous dénoncerait, mais ce type m'aspirait confiance. J'ignorais pourquoi, mais j'étais certain qu'il nous prêterait main forte, jusqu'au bout.

Il semblait franc. Tout de lui le semblait. Son regard, sa manière de parler...

J'arrivais même à penser qu'il nous comprennait, ma soeur et moi. Nous ne lui avions pas dit pourquoi nous étions partis, mais il semblait s'en ficher.

Bien que Laura était affamée, elle ne voulait pas se séparer de moi.

"Tu pus!" Avait lancé Bastien à ma soeur en se pinçant le nez.

"Je t'ai pas demandé de me sentir!" Avait-elle riposter.

"Bien moi je te demandes de te laver, pour le bien de tout ceux qui auront le malheur de te croiser!"

Ma soeur n'avait pas pu s'empêcher de rire. J'étais content qu'elle rit, qu'elle sourit. Elle hocha de la tête et elle sortit de mon box.

"Sois sage frèrot, je reviens bientôt!" M'avait-elle murmurré.

Je les vis s'en aller vers la maison.

Je sentis une vague de soulagement me traverser le corps.

J'étais si bien. Je n'avais pas à me poser de questions, je n'avais qu'à mâcher mon foin et attendre qu'elle revienne.

Ma soeur... Ma chérie, celle que j'aimais tant. Je m'inquiètais pour elle ces derniers temps. Elle pâlissait, elle semblait frêle sur mon dos... Mais elle faisait comme si tout allait bien.

J'ignorais si notre rêve allait vraiment se réaliser, mais elle semblait y croire dur comme fer.

Je me rapellais ces douces paroles:

"On va le trouver notre petit coin de paradis! Là-bas, ce sera un endroit où il fait bon de vivre, avec ceux qu'on aime. Quand on est au paradis, on ne souhaite qu'une chose; que ça ne termine jamais..."

Une bonne demie heure s'écoula et ma soeur revenut vêtu de vêtements beaucoup trop amples pour elle. Ces joues avait repris un peu de leur rougeur naturelle. Ces cheveux étaient encore humide.

Bastien la suivait de près.

"T'aurais pu attendre que tes cheveux sèchent au moins!" La grogna t-il. "Tu vas attraper froid!"

"Tu n'es pas ma mère!" Lui lança t-elle en lui faisant une grimace.

Celui-ci haussa les épaules.

Il n'avait rien n'à faire. Quand ma soeur décidait quelque chose, on ne pouvait pas la faire changer d'idée. J'ignorais encore si c'était une bonne ou une mauvaise manie.

"Ça m'a fait du bien!" Me souffla t-elle en me caressant les joues.

Bastien semblait découragé que celle-ci m'accorde plus d'attention qu'à lui, mais il semblait aimé la voir agir ainsi. Ma soeur avait toujours été comme ça. Quand j'étais là, pour elle, il n'y avait que nous deux qui existaient.

Ils restèrent assis dans un coin de mon box, côte à côte.

Je les surveillais du coin de l'oeil.

Il papotait de tout et de rien. Cependant, Laura semblait se poser des questions.

"Je me demande encore pourquoi tu m'aides... Tu sais, jusqu'ici, tout le monde est contre nous."

"Je ne suis pas tout le monde." Répondit simplement Bastien.

"Peut-être... Peut-être que tu es comme nous?" S'étonna Laura.

"Comme vous?" Répèta t-il avec questionnement.

"Tu sais... Libre. Peu importe ce qu'en pense les autres. Peu importe où on est. On est toujours libre, ou du moins, on le souhaite..."

"Tu parles comme une gamine de 7 ans!" Pouffa t-il.

"Non c'est vrai!" Répliqua ma soeur. "Quand je suis avec Automne, rien nous résiste! On peut tout vaincre, tant qu'on est ensemble..."

Bastien esquissa un petit sourire en coin.

"C'est beau ce que tu dis."

"Et vrai surtout!" Ajouta t-elle fièrement. Elle leva les yeux vers moi. Son sourire s'élargi.

"C'est mon frèrôt..." Murmurra t-elle avec un fond d'admiration dans la voix.

"Penses-tu à autre chose qu'à ton cheval des fois?" Demanda Bastien.

"Rarement."

Un silence s'étira.

"Tu n'as pas peur qu'ils t'attrapent?" Demanda t-il à ma soeur.

"Non. Surtout si tu viens avec nous." Lança t-elle en plongeant ces yeux dans les siens.

"Que je viennes avec vous?" S'étonna t-il.

"Oui! Tu disais que si tu pouvais, tu ferais la même chose que moi!" S'enquit-elle. "Quand on veut, on peut!"

"J'en sais rien..." Souffla t-il.

"Tu as la frousse?"

"J'ai peur de rien." La corrigea t-il.

"Prouve-le!" Lança ma soeur d'un ton de défi.

Bastien lança un regard vers moi. Je sentais qu'il était perdu. Ma soeur était très convaincante, mais il semblait dur pour lui d'arriver à la suivre.

Un bruit de moteur vint interrompre le silence.

"Quelqu'un rentre dans la cours!" S'étonna Bastien. "Restez-là, je vais voir qui c'est!"

Ma soeur s'approcha de moi.

"Je savais!" Grogna t-elle. "Il nous a trahis! C'est un traître! Comme tous les autres!"

Elle se pencha vers la porte pour tenter de voir l'extérieur par une fente.

"Qu'est-ce qui se passe..?" Souffla t-elle à elle-même.

Quelques minutes s'écoulèrent, puis on pu entendre la voiture redémarrer et repartir.

Nous poussions alors tous les deux un long soupir.

Bastien revenu rapidement dans le box.

"On est dans la merde!" Lança t-il. " Ils savent que tu es dans le coin!"

"Pourquoi?" S'étonna ma soeur.

"Un chasseur à trouver une selle à l'intérieur de son camp de chasse..." Marmonna t-il.

"Oups..." Laissa échapper ma soeur.

Elle me regarda en se mordillant la lèvre inférieure.

Ils avaient perdus notre trace, et voilà que l'on devait déjà repartir.

# Posté le dimanche 16 mars 2008 17:06

Modifié le lundi 17 mars 2008 20:39

-9-

Notre petit coin de paradis était menacé.

Bastien disait qu'il y avait des policiers partout dans le village.

Des rumeurs circulaient partout dans la petite paroisse.

Bastien venait nous les raconter, à ma soeur et moi.

Laura passait presque des journées entières dans mon box.

Bastien venait nous voir quand il pouvait.

Pour éviter les soupçons, il continuait d'aller à l'école. Il disait que plusieurs rumeurs couraient, quelques unes étaient près de la vérité, tandis que d'autres étaient inventées de toute pièce.

Bastien disait qu'un de ces amis avait un père qui travaillait dans la police. Il disait qu'ils étaient certains que nous étions accompagnés, à cause des traces que nous avions laissé dans la montagne, lorsque Bastien nous avait rencontré.

Les policiers pensaient même chercher un mandat pour fouiller les granges, les étables, les écuries...

Ils étaient certains que nous étions dans le village.

Le cavalier qui avait le malheur de seller son cheval se retrouvait bombardé de questions par la police.

Bastien avait même amener un journal, dans lequel des gens disaient nous avoir vus. Il y avait aussi un article sur les deux gars qui avaient faillit attrapper ma soeur.

La tension était palpable.

On sentait qu'il serait très dur de sortir de ce village sans être suivit.

De plus, Bastien disait que ces parents seraient bientôt de retour.

Les nuits se faisaient fraîches, mais si nous avions à nous enfuir, c'était le meilleur moment.

Bastien disait qu'on serait plus difficile à repérer dans le noir.

Il disait qu'il nous aiderait, mais qu'il ne pouvait pas nous suivre. Laura semblait déçu, mais pour elle, le plus important était que je reste avec elle.

La nuit de notre départ, nous étions tous très nerveux.

Bastien et moi semblions plus tendus que Laura. Celle-ci disait que tout irait bien, qu'on était prêt.

Il était deux heures du matin quand ma soeur me sellait. Bastien nous avait prêter une selle qu'il avait. Le jeune homme tenait notre sac à dos, qu'il avait soigneusement empli. Il restait dans le coin de mon box, raide comme une barre. Je pouvais voir ses yeux baignés d'inquiétude.

"Vous allez faire attention, promis?" Disait-il.

"Juré." Se contenta de dire ma soeur.

"Si vous réussissez, envoyez moi une lettre par la poste!" Lançait Bastien.

"Bass..." Grognait ma soeur.

Celui esquissa un sourire, mais Laura voyait autant que moi qu'il était inquiet.

"Tu sais Bass... Tu es mon meilleur ami."

Il lui jeta un regard surpris.

"Après Automne bien sûr!" Rectifia t-elle.

Celui-ci pouffa de rire.

"Tu vas me manquer." Murmurra t-il en la serrant contre elle.

Laura semblait surprise qu'il l'enlace. Ces yeux semblaient perdus, mais elle posa quand même ses bras contre lui.

"Tu devrais venir avec nous..." Souffla t-elle.

Il s'éloigna d'elle, il n'osait pas la regarder. Il lui tendit son sac.

"Je t'ai mis deux grosses gourdes d'eau, du pain, un peu d'argent, une lampe de poche, du linge de rechange, un imperméable, une petite radio, des allumettes, un kanif... Et un petit chaudron, si tu veux te faire bouillir de l'eau." Dit-il pour s'échapper de la demande de Laura.

"Merci." Soupira t-elle.

On sortit doucement du box. Ma soeur se hissa sur mon dos, en prenant soin de bien ajuster son sac.

"N'allez pas dans la montagne, c'est bourré de flics." Déclara Bastien d'un ton neutre.

"On va longer la rivière.." Disait Laura d'un air détaché.

"Adieu." Lança Bass en me flattant l'encolure. "Prend soin d'elle."

"Et toi, prend soin de toi." Dit finalement ma soeur en me mettant au pas. "Merci Bass, je ne suis pas prête de t'oublier..."

C'est ainsi que ce fit nos adieux. Ce petit homme allait me manquer. Je sentais que ma soeur était triste de le laisser, mais nous devions le faire. Pour nous deux.

Nous sommes partis, tristes et heureux à la fois.

Nous devions aller sur la route pour passer sur la rivière. Il n'y avait pas de voitures qui passaient à cette heure, et heureusement!

On finit par trouver le petit sentier dont Bass nous avait parlé. Il disait que l'on devait faire attention, mais que c'était le chemin le plus sûr.

Le silence était perturbant. Nous étions éclairé par la lune et ses étoiles. La cime des arbres nous dessinait le chemin. On entendait à peine les branchages craquer sous mes sabots.

Ma soeur entonna un chant. Il était léger et doux. Je crois qu'elle chantait pour emplir le silence.

Des traces de VTT étaient encore visibles sur le sol. Nous n'aimions pas cet endroit, nous nous sentions menacés, comme si un VTT pouvait jaillir de nul part à tout moment.

On finit par entendre le bruit de la rivière. On quitta alors le petit sentier pour la suivre.

Tout semblait flou la nuit. J'avais l'impression de rêver, comme si tout ce que je faisais était irréel. Je continuais d'avancer, malgré la pénombre qui m'effrayait.

Ma soeur semblait sûre d'elle. Ça me rassurait.

Pendant que je marchais, je pensais à notre petit coin de paradis.

J'avais hâte d'y être. On pourrait enfin y vivre heureux, sans se soucier des autres. J'ignorais à quoi c'était senser ressembler, mais j'imaginais déjà l'endroit.

Emplis de chevaux, de grands espaces pour courir, plein d'êtres comme nous...Où le soleil serait doux, les prairies luxueuses... Et où ma soeur et moi serions ensemble. Pour toujours.

J'espérais de tout coeur qu'on y parvienne. Qu'on y arrive enfin.

Ces pensées venaient me raviver, me donner du courage.

On devait y arriver.

# Posté le jeudi 20 mars 2008 16:57

Modifié le vendredi 21 mars 2008 12:09

-10-

Tous les boisés se ressemblaient de plus en plus.

Le temps se faisait de plus en plus froid. La chaleur d'une écurie me manquait.

Ma soeur ne se plaignait pas. Elle avait faim, je le sentais, mais elle n'osait pas s'approcher de la civilisation.

Nous longions toujours la même rivière, espérant qu'elle nous mène à notre petit coin de paradis.

Ma soeur appuyait souvent son oreille contre la petite radio que Bastien lui avait donné. Elle me disait qu'ainsi, elle savait où elle ne devait pas aller, où les gens croyaient nous voir.

Cependant, c'était la saison de la chasse. Nous pouvions souvent entendre des coups de feu au loin et nous n'aimions pas ça du tout.

Dès que nous entendions un bruit de fusil, nous nous éloignions le plus rapidement possible.

Nous nous arrêtions la nuit pour se reposer. On se trouvait un endroit isolé pour dormir.

Ma soeur m'enlevait ma selle et ma bride, elle ne prennait pas la peine de m'attacher puisqu'elle savait que je ne la quitterait pas. Elle déposait une couverture sur mon dos pour être certaine que je ne prennes pas froid.

Puis Laura s'étendait sur des branchages et elle s'emmitouflait dans un sac de couchage.

Les nuits étaient fraîches et humides. On se réveillait le matin et on pouvait voir une couverture cristaline sur le sol, c'était de la gelée.

Heureusement pour nous, quelques rayons suffisaient pour faire fondre la gelée au levé du soleil.

On reprennait notre chemin.

Bien des fois, j'aurais aimé faire demi-tour, mais je continuais. Pour elle.

Laura ne perdait jamais espoir. J'avais peine à croire à quel point elle y croyait.

Elle me répètait souvent le même refrain, me disant qu'on approchait, qu'on allait y arriver.

C'était notre troisième nuit depuis que nous étions partis de chez Bastien. La fatigue pesait sur nous deux. On s'éloigna de la rivière pour se réfugier près d'un gros pin rouge, qui nous isolait du vent.

La nuit était noire, mais elle ne m'effrayait pas. Ma soeur fit son petit rituel. Elle m'enleva ma bride, ma selle, mes tapis, puis elle me recouvra d'une couverture. Elle s'installa près de moi, allongé dans son sac de couchage. Ces yeux ne mirent pas longtemps à se fermer.

Alors que nous étions tous les deux plongés dans le sommeil, un craquement de branche me fit sursauter.

J'ai alors dressé mes oreilles, tentant de repérer le moindre son.

Je sentais une présence, je sentais une paire de yeux sur moi, mais j'ignorais où cette personne était.

Le soleil commençait à peine à se lever. Je restais calme. J'essayais de distinguer une silhouette humaine à travers les arbres.

J'entendis un autre craquement de branche derrière moi. Je me suis retourné brusquement.

Je vis alors un homme s'avancé doucement vers moi.

"Tchut..." Fit-il en s'approchant.

J'entendu ma soeur bougé dans son sac de couchage.

Je regardais l'homme qui était devant moi. Il devait être âgé dans la quarantaine. Il était habillé chaudement d'un manteau rouge.

Je me sentais engourdi. J'aurais aimé qu'il me prenne et qu'il m'emmène. J'étais tellement fatigué, le froid me rongeait, la faim se dessinait peu à peu sur mes flancs...

Il posa sa main contre mes naseaux.

"Tu es un bon garçon..." Me souffla l'homme. J'ai fermé les yeux.

Je me sentais comme un traître. Je ne supportais plus de me battre. Je n'étais plus capable de voir ma soeur en piteux état...

"Automne!"

Ce cris vint me faire sursauter.

"Ne le laisse pas te prendre" Hurla ma soeur.

Je me suis brusquement éloigné de l'homme.

"Allez vous en!" Ordonna ma soeur le regardant avec haine.

"Petite... Je ne voulais pas te fâcher!" S'excusa t-il.

"Allez-vous en!" Répèta t-elle. Elle se dépêchait de tout rassembler ces bagages dans son sac.

L'homme s'approcha doucement vers ma soeur.

"Tu sais petite... Ta mère s'inquiète beaucoup pour toi..."

Elle cessa de bouger un moment. Comme s'elle devait digérer ce qu'il venait de dire.

"Bien... Vous lui direz que je vais bien." Se contenta t-elle de dire en reprennant son travail.

"Comme tu veux." Répondit-il.

Il s'éloigna de nous. Il glissa sa main dans sa poche.

"Merde..." Grogna ma soeur. Il avait un cellulaire.

Elle s'accourut vers lui et elle tenta de lui arracher des mains.

"Calme toi!" Grogna l'homme en la repoussant.

"Vous avez pas le droit de faire ça!" Hurla ma soeur en essayant de s'emparer du cellulaire. "On allait réussir!"

"Réussir quoi?" S'étonna l'homme.

"Laissez tomber!" S'enragea t-elle. Ma soeur se dirigea rapidement vers moi.

Elle me sella, me mit ma bride... Pendant que l'homme parlait au téléphone.

"Ils ne nous auront pas." Me dit-elle les yeux plein d'eau.

Je sentais que c'était aussi dur pour elle que pour moi de se battre autant.

Elle mit pied à l'étrier, et on partit, sans même saluer l'homme.

On galopait, j'y mettais du coeur plus que jamais. Je sautais par dessus les souches, les troncs d'arbres...

On courait à travers l'immense forêt, nous ne pouvions plus se permettre de rester près de la rivière. Les branches venaient me fouetter les flancs, les jambes, le visage... Mais je continuais.

On fit ainsi durant deux heures. Puis on entendit un grondement au ciel.

On s'arrêta pour observer.

On vit alors un appareil noir se dessiner à travers le bleu du ciel.

"Un hélicoptère..." Grogna ma soeur. On tentait de ne pas se faire repérer, nous restion là où la forêt était à son plus dense, c'est-à-dire, là où il y avait beaucoup de conifères.

Les arbres feuillus avaient presque entièrement perdu leurs feuilles.

J'étais très inquiet. Je tremblais. Moi-même, j'ignorais si c'était à cause du froid, de la fatigue ou bien.. De la peur.

Ma soeur mit pied à terre pour me rassurer. L'hélicoptère faisait gronder le ciel au-dessus de nos têtes.

Laura m'entraîna entre les conifères. Elle serrait ma tête contre son ventre.

"Ils ne nous auront pas frèrot, ne t'inquiète pas..." Murmurra t-elle.

L'hélicoptère soufflait sur les arbres à son passage. Quand il passa au-dessus de nous, il venut souffler les branches des conifères, démasquant notre cachette.

Le grognement de l'hélicoptère était une torture à mes oreilles. Ma soeur remonta sur mon dos et on tenta de les distancer.

L'engin restait toujours près de nous. Nous avions du mal à avancer à travers la forêt.

"Faut sortir d'ici!" S'écria ma soeur. "On est beaucoup trop lent!"

On déboucha dans un sentier de VTT.

Nous étions toujours poursuivit par l'hélicoptère. J'avais beau courir de mon mieux, il nous suivait sans jamais s'épuiser.

Puis, d'autres grondements vinrent s'ajouter à celui de l'hélicoptère. C'était des VTT.

Je continuais à galoper. Je respirais au rythme cadancer de mes foulées.

Ma soeur était penchée sur mon encolure, s'accrochant à mes crins.

Les VTT s'approchaient dangeureusement de nous, mais nous ne regardions jamais derrière.

D'un coup, je sentis quelque chose me pincer la fesse droite. J'ai continué de courir un moment, jusqu'à ce que je ne sentes plus mes jambes.

Je me suis brusquement écroulé sur le sol. Je vis ma soeur propulser devant moi par la chute.

Ma respiration ralentissait, j'avais du mal à garder mes yeux ouverts.

Laura se dépêcha d'aller me rejoindre.

"Qu'est-ce qu'ils t'ont fait?" S'écria t-elle. "Automne! Relève toi, ne m'abandonne pas frèrot!"

Elle serra ma tête contre elle. Je la sentais trembler.

"Automne..." Souffla t-elle les yeux plein d'eau. "Je suis désolée, c'est de ma faute... Si tu savais comme je m'en veux!"

Je regardais son visage. Son si beau visage. J'essayais de ne pas perdre ses yeux de vue. J'avais du mal à rester éveillé.

Je sentais ses larmes couler sur mon chanfrein, ses petites mains froides carressaient mes joues.

Ses yeux m'abandonnèrent quand on put entendre des bruits de pas derrière nous.

Deux hommes saisirent ma soeur par les bras.

"Lâchez moi!" Hurla t-elle à travers ses sanglots. "Il a besoin de moi!"

J'étais allongé contre le sol. Je regardais la scène impuissant.

J'aurais aimé me relevé pour l'aider.

Ils tentaient de la maîtriser, mais elle se débattait sauvagement. Un troisième homme tentait de leur venir en aide.

"Automne!" Cria t-elle. "Je t'aime frèrot, je suis désolée."

Puis, son corps sembla se vider d'énergie. Elle tomba contre le sol, inerte.

"Elle s'est évanouie." Dit un homme.

L'un d'entre eux s'approcha vers moi.

"Ça va aller mon beau, ça va aller..."

Laura avait raison. Ils ne comprennaient rien. Comment pouvait-il me dire que ça allait aller?

Mes yeux se fermèrent. Puis, plus rien.

# Posté le mercredi 26 mars 2008 21:01

Modifié le samedi 29 mars 2008 11:17

-11-

Pendant un moment, j'eut cru que je n'existais plus.

Je ne sentais plus mon corps, mais mon âme était bien présente.

Je pensais toujours à ma soeur, je me demandais ce qu'elle ferait sans moi.

Je ne comprenais pas pourquoi les gens ne nous laissaient pas vivre notre rêve. Je me disais que les gens nous en voulaient sûrement de vouloir être différent, d'être libre, quoique les autres en pensent.

On avait perdu un combat, mais pas la guerre.

Je l'eut compris quand j'ai ouvert mes yeux à nouveau.

J'étais couché dans de la paille fraîche, j'avais une couverture sur le dos.

Il me mit du temps à reconnaître où j'étais. Je me suis relevé pour sentir les coins du box.

Je sentais mon odeur ici, j'étais déjà venut à cet endroit.

"Comment elle t'appellait déjà... Frèrot?"

Je me suis retourné brusquement.

C'était Bastien.

"Tu dois être mêlé en ce moment..." Me murmurra t-il en me flattant le chanfrein.

J'étais soulagé de le voir. Je m'approcha doucement vers lui. J'étais étourdit, comme si je n'étais pas complètement sorti de mon sommeil. Je vint poser ma tête contre son thorax.

Il glissa ses doigts dans mes crins.

"J'imagine que Laura prendrait le temps de tout t'expliquer, n'est-ce pas?"

Il s'assied dans un coin du box, puis il me raconta les faits.

Quand il avait su qu'on nous avait retrouvé, il s'était dépêcher à se rendre au poste de police, là où ma soeur se trouvait. Il disait que notre mère n'était pas encore sur les lieux et que les policiers disaient que Laura n'avait pas prononcé un mot depuis qu'elle était arrivé. Elle avait même refusé de parler à sa mère au téléphone.

Lorsque Bastien l'avait vu pour la première fois, elle était assise dans un coin du poste, la tête contre le mur. Un policier était à côté d'elle, il lui parlait, mais elle ne répondait pas.

Quand les policiers s'étaient aperçu de la présence de Bastien, ils lui avaient demandé de quitter les lieux.

Cependant, quand Laura avait entendu la voix de notre ami, elle s'était brusquement levé de sa chaise.

Bastien disait qu'elle avait bondit sur lui pour le serrer très fort et qu'elle tremblait.

"Occupe toi de mon frèrot..." Lui avait-elle soufflé avant que les policiers la sépare de lui.

Bastien disait qu'il avait eut du mal à se débarrasser des policiers par la suite, ceux-ci l'intérrogeait, il fallait admettre que le fait que Laura lui saute dans les bras étaient étrange.

Ils finirent par le laisser sortir du poste.

Alors Bastien fit de son mieux pour me retrouvé. Il disait que je n'avais pas été très dur à repérer, puisqu'il y avait une tonne de gens réunit autour d'un van pas très loin du poste de police.

Il disait qu'il était resté à côté du van un bon moment, qu'il attendait de voir qui allait me réclamer.

Plein de personnes étaient réunis autour du van. Ils tentaient de me regarder à travers les fentes, ou bien ils tentaient d'en savoir un peu plus sur les dernières nouvelles.

Quand il vit Gabrielle, tous les gens s'étaient jeté sur elle pour lui poser des questions, avec un cahier de notes à la main. Bastien disait que notre fugue avait été très suivit par les journalistes du coin.

Au départ, elle ne voulait même pas lui parler. Tout ce qu'elle voulait, c'était me voir.

Mon ami m'avait déclaré que Gabrielle était très méfiante à son égard. Bastien lui demandait qu'est-ce qu'elle allait faire de moi, si j'allais bien, mais celle-ci l'ignorait.

Celle-ci restait près du van, elle semblait attendre la mère de Laura.

Quand celle-ci arriva, les journalistes se ruèrent sur elle. Gabrielle s'était assise près du van, Bastien disait qu'elle parraissait déboussolée.

Mon ami me disait qu'il avait été très dur de discuter avec elle. C'est quand il eut parler de Laura que celle-ci lui porta de l'intérêt.

"Elle m'a dit qu'elle se cherchait un coin de paradis..." Lui avait-il expliqué.

Celle-ci lui demanda pourquoi il connaissait ma soeur, mais celui-ci se contenta de lui dire qu'il lui avait parlé alors qu'il avait fait une balade à cheval, mais qu'elle s'était enfuit par la suite.

Gabrielle semblait s'être attendrit au jeune homme, mais elle était resté inquiète.

Elle finit par lui dire qu'il était mieux pour tout le monde qu'on m'euthanasie.

À ce moment-là, j'étais allongé dans le van, j'étais encore sous l'effet de l'anesthésiant qui m'avait piquer la fesse.

Celle-ci disait que j'étais un beau cheval, mais qu'elle croyait que cette expérience m'avait sûrement tromatisé pour toute ma vie, qu'il serait impossible d'empêcher Laura de fuguer par la suite...

Que ma mort serait la meilleure solution.

Bastien s'y était opposé fermement. Gabrielle avait peine à comprendre tout l'attachement que ce jeune homme avait pour moi, mais elle finit par céder.

Après une longue discussion, ils étaient parvenut à une entente.

Comme il n'avait pas les moyens de me payer, ni de s'occuper de deux chevaux, il m'échangea contre son vieil hongre gris. Cependant, il y avait une autre clause à cette entente...

Que l'on n'essait pas de contacter Laura, car elle disait que la situation était déjà très dure à supporter pour sa mère. Gabrielle disait qu'elle reprendrait contact avec nous quand il serait temps.

Ils firent l'échange la nuit même, pour éviter que l'histoire ne s'ébruite.

Bastien disait qu'il ignorait si Laura avait été mis au courant de ma vente, ou bien si on lui avait dit que j'étais mort...

Malgré les avertissement de Gabrielle, il disait qu'il avait essayé de la rejoindre au poste de police, mais qu'on ne le laissait pas entrer. Il avait aussi essayé de la rejoindre par téléphone, mais rien n'y avait fut.

Alors, c'est ainsi que je me suis retrouvé auprès de lui. Je me sentais en sécurité près de ce jeune homme.

Malgré que je sois séparé d'elle, j'avais l'impression que ma soeur allait bien. Je le sentais.

J'espérais qu'on se revoit au plus vite, que Bastien parvienne à la retrouver.

Cependant, il m'avait révélé que ce n'était pas très évident. Il savait dans quel village nous restions, seulement, nous étions a 80 kilomètres de distance. De plus, Bastien m'avait confié qu'il avait essayé de la rejoindre par téléphone, mais que ça ne répondait jamais.

On devait alors attendre tous les deux.

Je savais bien que Bastien appréciait Laura. Il voulait la revoir autant que moi. Cela se voyait.

Il semblait vraiment d'inquiéter pour elle, comme moi-même d'ailleurs.

Il m'avait même dit que j'avais de la chance, que j'étais chanceux de l'avoir.

Je savais que s'il avait tout fait ça pour moi, c'était en fait, pour Laura...

# Posté le dimanche 30 mars 2008 10:19

Modifié le mardi 01 avril 2008 19:21

-12-

Lorsque les parents de Bastien arrivèrent, ceux-ci avaient à peine remarqué ma présence.

Ils étaient arrivés dans une voiture bleue, alors que Bastien me longeait dehors.

Celui-ci tentait de s'occuper de moi du mieux qu'il pouvait. Dès qu'il revenait de l'école, il filait se changer de vêtements, puis il allait me rejoindre. S'il avait des nouvelles de l'état de Laura, il me les disait. Cependant, nous n'entendions que très peu parler d'elle...

La température s'était encore refroidie et toutes les feuilles des arbres étaient sur le sol.

La mère de Bastien ne s'était même pas aperçu que je n'étais pas le même cheval que le vieil hongre gris.

"Tu vas bien? Tu as prit tes médicaments? Il me semble que tu as pâli!" S'affola t-elle alors que le père de Bastien s'approchait.

"Marie... Laisse le respiré un peu!" S'exclama l'homme en tappant dans le dos de son fils. "Silver a changé de couleur?" S'étonna t-il en me regardant.

"Non. Je l'ai vendu." Avait répondu séchèment Bastien en s'éloignant d'eux.

"Où tu vas?" S'inquiéta sa mère.

"Je vais aller le monter."

"Sois prudent!" S'empressa t-elle de rajouter avant que celui-ci ne me ramène dans mon box pour me seller.

Les gestes de mon ami étaient rapides. Je pouvais voir un soupçon de haine dans ses yeux. Cependant, je savais qu'il ne viderait jamais sa haine sur moi. Il était bien trop gentil.

Une fois sellé, il me sortit de mon box. Je pouvais voir la silhouette de sa mère à travers une fenêtre de la maison. Elle semblait nous observer constamment.

Bastien s'empressa de mettre le pied dans l'étrier pour qu'on s'éloigne de la maison au plus vite.

On passa par les sentiers de VTT, pour déboucher dans une prairie.

Je sentais la frustration de mon cavalier. Cette tension qui lui montait tout au long de sa colonne.

Je savais qu'il avait essayé de maintes fois de rejoindre Laura, que se soit par courriel ou par téléphone, sans aucun succès. Cependant, l'arrivée de ses parents semblaient avoir amplifier sa peine en colère.

J'ignorais pourquoi, mais il semblait les détester.

Le vent était froid, les paysages avaient perdus toutes leurs teintes dorées, pour laisser l'impression que la nature était morte. Le ciel était couvert d'épais nuages qui venait filtrer la lumière du soleil.

Mon cavalier eut à peine à serrer les molets pour que j'enclenche le galop. Mes jambes fauchaient l'herbe séchée des prairies. Je n'hésitais pas à sauter par dessus les clotûres qui se dressaient devant nous.

J'ai soudain senti la tension de mon cavalier se relâcher en un soupir.

Mes foulées étaient grandes, je galopais pour trois. Bastien, Laura et moi.

J'aurais aimé continuer de galoper à travers la prairie, traverser des sentiers, sauter par dessus les rivières pour qu'on puisse enfin être réunis.

Cependant, Bastien me demanda de faire demi-tour.

Je savais très bien qu'il avait pensé à la même chose que moi, qu'il aurait adoré pouvoir revoir Laura lui aussi, mais il semblait y avoir quelque chose qui l'empêchait de partir.

Quand nous étions revenus à l'écurie, le soleil s'était couché. La mère de Bastien était assise près de l'écurie avec une grosse couverture sur le dos. Quand elle nous vit, elle bondit de sa chaise pour nous rejoindre.

"J'ai bien faillit appeller la police!" Lança t-elle en s'approchant de son fils. Celui-ci ne prit même pas la peine de la regarder.

Quand il mit pied à terre, elle le saisit par le bras.

"Ça va mon chéri?" S'inquiéta t-elle. Je sentis les bras de mon cavalier se raidir.

"Je vais très bien!" Grogna t-il en m'amenant dans mon box. Il s'empressa de refermer la porte derrière nous, de peur que sa mère nous suive.

Il me desella rapidement, avec des mouvements brusques. Il déposa les choses dans un coin du box et il s'assit dans un autre coin.

Il mit sa tête entre ses poingts.

"Libre..." Souffla t-il. Ces yeux semblaient perdus.

Il fronça soudainement les sourcils avant de se relever.

"Foutaise!"

Il amena la selle en dehors de mon box et il revenut avec une couverture qu'il déposa sur mon dos.

"Comment pouvait-elle croire que j'étais... Comme vous. Je suis comme tout le monde. Ordinaire..."

Ses yeux s'assombrirent.

"Et malade." Murmurra t-il.

Ce mot vint piquer ma curiosité. Il arrivait quelques fois que les humains ou bien les chevaux tombent malades, mais je ne voyais pas en quoi Bastien était malade. Il ne toussait pas, il semblait fort, ses yeux étaient brillants...

Quoi qu'ils semblaient perdre espoir.

Ne croyait-il plus en notre rêve?

Il ajusta rapidement ma couverture et il me laissa une petite galette de foin.

Il s'assit de nouveau dans un coin du box.

"Et si Laura ne voulait pas de moi..." Murmurra t-il. "Ou encore, de nous!"

J'ai alors doucement déposer mes naseaux sur sa joue.

"On est pareil nous deux. À une exception près, tu resteras toujours dans son coeur, alors que moi..."

Il vint glisser sa main sur mon front.

"La meilleure chose à faire est d'attendre..." Conclut-il.

Attendre. Ce mot ne me plaisait pas du tout. Mais s'il fallait que je m'y résout pour revoir ma soeur et bien, je m'étais dit que je pouvais attendre une éternité.

Après tout, nous étions deux à partager cette impatience de la revoir, c'était moins dur à supporter que si j'étais seul et incompris.

# Posté le jeudi 03 avril 2008 17:01

Modifié le lundi 07 avril 2008 17:12